Le Lesbian Tour du Louvre, 2ème partie…


Les Allégories, adeptes du libertinage
Partons
maintenant à la rencontre des Allégories, figures grecques antiques
incarnant une idée abstraite. Parmi elles les Charites, assimilées
aux Trois Grâces, à ne pas confondre – on vous voit venir, bandes de
farceuses ! – avec les Trois Grasses (même si les canons de beauté
préconisaient parfois la générosité), sont formées par Euphrosyne qui
personnifie l’allégresse, Thalie, l’abondance, et Aglaé, la splendeur.
L’ensemble ainsi formé symbolise l’intensité de la vie, la sexualité,
la gourmandise, et le plaisir. Ces jolies sœurs gambadent dans de
nombreuses allées du Louvre, 

batifolant
de sculptures en tableaux à travers les siècles. Dans la salle des
Caryatides (Sully, RC, Salle 17), sur un morceau de bas-relief, des Trois Grâces (IIe
s. ap J.-C), ne restent que des corps enlacés sans têtes ni pieds, que
vous pourrez sans rougir contempler à loisir. Dans la même salle, une
autre sculpture en marbre du même nom et de la même époque, en trois
dimensions cette fois-ci, vous permettra d’admirer sous tous les angles
les jeunes femmes entièrement nues. Enfin, dans la salle Pradier, vous
apprécierez les Trois Grâces tendrement enlacées grandeur nature de Jean-Jacques Pradier (Richelieu, RC, Salle 32).

Sur toile, les Grâces prolifèrent tout autant : Botticelli, qui peignit une admirable fresque florentine Vénus et les Trois Grâces offrant des présents à une jeune fille (1510), vous offre dans la salle Percier et Fontaine un précieux témoignage de cette allégorie à la renaissance (Denon, 1er ét., Salle 1). Un siècle plus tard, Jacques Blanchard (Richelieu, 2e ét., Salle 12) aborda le sujet dans Vénus et les Grâces surprises par un mortel (1631-1633),
y ajoutant au passage une touche luxurieuse: les trois jeunes filles
semblent goûter la compagnie de Vénus, déesse de l’amour, des plaisirs
et de la beauté, tout autant que la compagnie de leurs sœurs
respectives : nues, elles sont allongées pêle-mêle les unes sur les
autres, sous le regard perplexe d’un homme. Ajoutons que le nourrisson,
Eros, symbolise l’amour tout autant que sa mère présumée, plongeant les
personnages dans un flot de volupté et d’érotisme. Le baron
Jean-Baptiste Regnault (Sully, 2e ét., Salle 53), inspiré par les sculptures antiques (vous remarquerez la position des Grâces, semblable), reprend le thème des Trois Grâces (1797-1798) en hommage à la beauté féminine.

Enfin dans la salle Georges de La Tour (Sully, 2e ét., Salle 28), l’Allégorie de la Victoire
(1635) de Mathieu Le Nain, vous montrera la Victoire en femme ailée
triomphant d’une figure féminine qui pourrait être la Tromperie,
l’Intrigue ou la Rébellion. Cette composition où une femme nue foule
aux pieds une autre femme nue, allongée dans une attitude à la fois
soumise et alanguie, pourrait aussi bien être l’allégorie contemporaine
du sado-masochisme illustré par la maîtresse avec son esclave.

Les nymphes, objets de tous les fantasmes
Célébrons comme il se doit les nymphes, divinités féminines d’une grande beauté associées à la nature : sur le panneau Vénus entourée de nymphes regardant une ronde d’Amours (1716-1720) de Sebastiano Ricci (Denon, 1er ét., Salle 24), Vénus siège nue au milieu de ses nymphes tout aussi nues. D’Adriaen van der Werff (Richelieu, 2ème ét., Salle A), Deux femmes dansant devant un berger jouant du pipeau (1718), dites aussi Nymphes dansant, 
effectuent de délicats pas de danse la main dans la main, devant un
berger entièrement nu, apparemment inspiré par le spectacle qui s’offre
à ses yeux, métaphore à peine voilée du fantasme masculin pour les
amours saphiques. Un peu plus loin (Richelieu, 2ème ét., Salle 22), ne manquez pas le Sommeil de Diane
(1630-1640), de Jan Thomas van Yperen : Diane, intégralement nue, dort
avec l’une de ses nymphes (peut-être sa tendre Callisto). Les jeunes
femmes se reposent-elles après avoir partagé d’intenses plaisirs
saphiques? Cette sieste coquine est-elle réelle ou bien appartient-elle
aux fantasmes de Diane, de sa nymphe, ou de l’homme caché derrière
l’arbre qui les observe, en relais satyrique du spectateur ?

Le bain coquin
Les
jolies naïades, divinités et autres jeunes filles devraient prendre
garde lorsqu’elles prennent leur bain, l’œil gourmand du peintre n’est
jamais bien loin et celui, amateur, du visiteur, s’est maintes fois
réjoui à la vue des délicieuses baigneuses épinglées sur les murs du
palais en pleine water-party.

Les jeux aquatiques de Diane
Personnage
emblématique, Diane (Artémis) refusa de se marier, obtint la virginité
éternelle et devint reine des bois. Elle chasse armée d’un arc et
escortée de chastes nymphes, parmi lesquelles la sublime Callisto qui
lui jura de garder sa virginité. Mais un jour, Zeus s’éprit de la
nymphe. Passé maître dans l’art de la ruse et des conquêtes féminines,
à son habitude, il se métamorphosa pour approcher la jeune femme
étendue sous un arbre ; mais cette fois, ce ne fut ni en cygne ni en
taureau, mais en… Diane. Et oui, vous ne rêvez pas, c’est dans la peau
de la déesse qu’il parvint à ses fins, ce qui valut à la malheureuse
Callisto une mort tragique lorsque Diane découvrit qu’elle était
enceinte. Faites une halte devant Diane découvrant la grossesse de Callisto (1608-1611) d’Hendrick de Clerck (Richelieu, 2e ét., Salle 16) :
la
déesse insouciante se prélasse avec ses nymphes au bord de l’eau alors
que la grossesse de Callisto, au ventre arrondi, est sur le point
d’être découverte. D’autres tableaux, issus du mythe d’Actéon,
enrichissent la série des bains de Diane avec ses ravissantes nymphes.
Un jour, le chasseur Actéon surprit par hasard la déesse qui se
baignait avec ses nymphes dans la forêt ; cette dernière, furieuse et
sans défense, le transforma en cerf et il finit dévoré par ses chiens.
Vous trouverez deux tableaux du même nom et du même peintre (Denon, 1er ét., Salle 15 et Salle 12), Actéon métamorphosé en cerf
(1617 et 1640) de Francesco Albani décrivant le passage précis où
Actéon surprend les jeunes filles qui folâtrent, nues, et amorce sa
métamorphose en cerf. Sur le même sujet, notons l’incomparable Diane et Actéon (1603-1604) de Giuseppe Cesari, dit le cavalier d’Arpin (Denon, 1er ét., Salle 15). Pour vous remettre de vos émotions, faites un saut sur la cyber toile :
dans Diane sortant du bain (1742),
François Boucher s’inspire du même épisode mythologique (remarquez les
deux chiens qui flairent une présence étrangère). Après une partie de
chasse, une nymphe procède à la toilette de la déesse, thème a priori
classique. Mais leurs joues empourprées, leur nudité inhabituelle en
pleine nature, le tissu déployé sous elles comme un drap, le regard de
la nymphe sur le corps de Diane, le cadre enchanteur comme le paradis
perdu où fut croquée la pomme défendue, semblent dissimuler un message
bien moins académique, appuyé par l’érotisme flagrant de la toile.
 

Source : La Dixième Muse

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Un commentaire pour Le Lesbian Tour du Louvre, 2ème partie…

  1. Marina dit :

    Bonjour Christophe,
    J\’aime beaucoup cette voyage autour de la peinture, sculpture, gréco-romaine du musée du Louvre.Bise

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