Le Lesbian Tour du Louvre (suite et fin)


La toilette de Vénus
Une
autre adepte des toilettes prodiguées par de gracieuses jeunes filles,
Vénus, vous attend dans la salle Cousin et Caron (Richelieu, 2ème ét., Salle 9), dans Vénus à sa toilette par l’Ecole de Fontainebleau (XVIe s.):
dénudée comme sa maîtresse, une jolie servante contemple d’un air
soumis Vénus, qui s’admire dans un miroir. Les drapés, l’amphore
symbole sexuel féminin, l’Amour qui tend un vase, sont autant
d’éléments qui soulignent le caractère charnel de la toilette de Vénus,
qui n’est peut-être pas si innocente qu’elle n’y paraît. Dans la même
salle, une autre variation pour le moins énigmatique à ne manquer sous
aucun prétexte – même si votre voûte plantaire se rappelle à votre bon
souvenir -, l’Allégorie mythologique (1580) peinte par la même
école, met en scène les trois Grâces qui prennent un bain en se tenant
la main, tandis qu’au premier plan, une naïade met en garde Vénus :
l’Amour assoupi est menacé par des putti, nourrissons joufflus
et moqueurs. La particularité du tableau réside en l’apparence de la
naïade, nymphe aquatique habituellement représentée comme telle, ayant
ici les attributs terrestres du faune : oreilles pointues, feuillage
pareil à un pelage, traits épais… Murmurant à l’oreille de Vénus, cette
naïade à l’apparence d’un faune – créature libidineuse dont l’activité
favorite consiste à poursuivre les nymphes de ses assiduités – ajoute
une touche équivoque à l’œuvre, le couple formé par Vénus et la naïade
remplaçant le couple usuel du faune et de la nymphe.

Le téton de Gabrielle d’Estrées
Dans la salle mitoyenne (Richelieu, 2e
ét., Salle 10), Gabrielle d’Estrées, favorite d’Henri IV, qui la fit
marquise puis duchesse et faillit la faire reine de France en
l’épousant, est l’objet de l’un des tableaux les plus insolites du
musée, également peint par l’école de Fontainebleau, le Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de sa sœur la duchesse de Villars
(1594). Gabrielle y partage sa baignoire avec sa supposée sœur qui,
dans un geste qui ne pourra que capter votre attention – friponnes ! -,

lui pince le téton. Si certains y virent un sous-entendu à la maternité de Gabrielle, qui eut en 1594 son 1er enfant avec le roi, d’autres virent dans cette caresse saphique une allusion aux mœurs libertines des deux sœurs.

La baignade fortuite
Au XVIIème
siècle, l’occasion fit souvent le larron, et celui-ci, fripon, s’empara
du moindre prétexte pour exhiber les atouts féminins. Parmi les thèmes
de prédilection, citons les pérégrinations de Clélie, une jeune romaine
prise en otage qui parvint à s’enfuir en traversant le Tibre, suivie de
captives toutes aussi émoustillantes les unes que les autres, du moins
si l’on en croit les diverses reproductions picturales. Cet épisode
séduisit Jan van Noordt (Richelieu, 2ème ét., Salle 36), qui nous gratifia d’une baroque Clélie passant le Tibre pour fuir le camp de Porsenna
(1660-1670). Le tableau représente un groupe de jeunes filles dénudées,
seules sur un rocher au milieu des eaux, insouciantes : aucune
précipitation n’est perceptible, résumant ainsi parfaitement le dessein
de l’artiste, peindre des nus féminins. Quelques salles plus loin
(Richelieu, 2e ét., Salle 21), Clélie passant le Tibre (XVIIe
s.) de Paul Rubens et son atelier, donne un aperçu peu conformiste du
sujet : les jeunes filles s’apprêtent à traverser le fleuve, certaines
sont nues, d’autres grimpent à deux sur un cheval, leur nudité à peine
voilée. Autre indice de la tournure charnelle que prend l’épisode sous
le pinceau du maître, la présence de deux hommes, dont l’un regarde le
cortège et l’autre aide une jeune femme à monter à cheval en empoignant
ses fesses. Détails explicites : le voyeur et l’actif participent tous
deux au même fantasme lesbien. Pour saluer votre dernière Clélie passant le Tibre
(1635-1645) de Jacques Stella, à votre souris ! Une jeune femme y tend
les bras à son amie pour la hisser derrière elle en un geste tendre, le
regard rivé à elle, regard ambigu souligné par la rougeur intempestive
de ses joues. A l’arrière, une rescapée paraît les regarder avec
convoitise, comme envoûtée par la scène galante qui se joue sous ses
yeux. Enfin, laissez-vous charmer par les plantureuses Baigneuses (1763-1764) de Fragonard (Sully, e
ét., Salle 48), aussi tactiles que sensuelles, qui n’ont ni l’œil
innocent ni la main prude, et s’ébrouent nues sur les rives d’un cours
d’eau.

Les harems, une vision occidentale
A deux pas (Sully, 2e ét., Salle 60), délectez-vous de l’exquis Bain turc
d’Ingres (1862). Taillé en cercle, il s’observe comme à travers un
œilleton : de spectatrices vous deviendrez alors voyeuses, et
apprécierez le caractère hautement érotique de l’ouvrage. Au premier
plan, une jeune femme joue d’un instrument à cordes tout en fixant des
yeux l’une de ses compagnes, pâmée sur une montagne de coussins : lui
chante-t-elle une sérénade ? Le jeu musical dissimule-t-il un message
implicite, et un jeu bien moins anodin ? Derrière elles sur la droite,
se tiennent deux femmes enlacées : l’une, arborant
un sourire satisfait, tient dans sa main délicate le sein de l’autre, dont l’expression reflète plaisir et luxure.

A
l’arrière-plan, ce n’est qu’amas de femmes enchevêtrées qui se
prélassent et se délassent, toutes plus charnelles les unes que les
autres. Ingres opta pour une vision orgiaque et saphique des harems
orientaux, tant esthétique que provocante, que certains apprécièrent
peu, Paul Claudel qualifiant le chef-d’œuvre de galette d’asticots. Et
s’il n’y eut pas de scandale à l’époque, c’est que le tableau resta
longtemps entre les mains chanceuses de collectionneurs privés.

Achevons notre visite par le fleuron du musée, la célébrissime Joconde (1503-1506) de Léonard de Vinci (Denon, 1er
ét., Salle 6). Ce portait inachevé cache un secret qui fit couler
beaucoup d’encre, l’identité du modèle : s’agit-il de Mona Lisa, épouse
de Francesco del Giocondo, d’une maîtresse de Julien de Médicis ou de
Léonard, d’un jeune homme travesti, d’une femme idéale ou d’un
autoportrait ? Le mystère reste entier et la Joconde conserve son
sourire énigmatique. Alors ajoutons sans hésiter une nouvelle
conjecture : la Joconde, au visage androgyne, dépouillée de bijoux, aux
vêtements sobres, aux mains délicates et à la poitrine opulente, ne
serait-elle pas tout simplement lesbienne ? Pour vous en convaincre,
poursuivons le Da Vinci Lesbian Tour et examinons ensemble (Denon, 1er ét., Salle 5) La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne, autre superbe huile sur bois du maître italien, précédant de cinq ans la Joconde.
Le tableau représente la vierge Marie, sa mère sainte Anne, et Jésus ;
cependant, sainte Anne est aussi jeune que sa fille Marie, ce qui rend
l’identité de cette dernière litigieuse et tout aussi mystérieuse que
celle de la Joconde; de plus, Marie est assise sur ses genoux, comme
une femme sur son époux. Fruit de l’immaculée conception – forme
d’insémination artificielle ? -, l’enfant jouant sous les yeux
attendris de ses « deux mères », complète à merveille ce tableau
émouvant d’un couple homoparental. Retournez maintenant devant la
Joconde : son visage ne vous rappelle-t-il pas celui de la dite sainte
Anne ? La Joconde et la jeune femme qui partage la vie de Marie et
élève son fils à ses côtés, ne seraient-elles pas en vérité une seule
et même personne ?…
 

Source : La Dixième Muse

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