Poèmes Saphiques et Décadence (1ère partie)


Goûtons ensemble aux poèmes
saphiques nés de la Décadence, époque qui s’étend de 1870 à 1920 environ, dans
la capitale.

Paris abrita ces années-là le premier « milieu lesbien »,
composé de femmes artistes et d’intellectuelles dont les célèbres américaines
Natalie Barney et Djuna Barnes. C’était la ville de l’immortalité et des plaisirs,
du contre-nature et de la libération de la femme. Le saphisme était objet de
mode, de culture et d’étude, tant pour les médecins que pour les peintres et
les écrivains, tantôt fascinés tantôt révoltés, mais rarement indifférents à la
formidable source d’inspiration que devint la tribade. Bien sûr cette dernière
fût « damnée » et « condamnée », « malade » aux
yeux de la science, mais en disciple de la vénérable Sappho, égérie antique
devenue muse, elle afficha sa soif de liberté, de plaisir et d’amour.

« Tu es venue, et moi je te désirais, tu as
enflammé mon cœur qui se brûle de désir »
, Sappho.

Des femmes en quête d’identité…

A la fois objet de fantasme
et de haine, la lesbienne décadente se voit affublée de sobriquets divers :
gousse, gougnotte, fleur du mal, puce travailleuse, éplucheuse de lentilles…
Elle séduit et surprend, se virilise et se travestit ; elle attaque les
fondements de la société en offrant aux femmes l’indépendance
.

Natalie Clifford Barney, l’Amazone

Natalie Clifford Barney,
surnommée « l’Amazone », fut pendant près de 60 ans l’organisatrice
des fameux vendredi, dans un salon du 20 rue jacob, où des femmes légendaires
portèrent cravates, vestons, pantalons et monocles, et que fréquentèrent
Auguste Rodin, Anatole France, André Gide, Paul Valéry, Pierre Louÿs, James
Joyce, Jean Cocteau, Paul Claudel, mais aussi des amies plus ou moins intimes
de Natalie Barney, Colette, Gertrude Stein, Djuna Barnes, Alice B. Toklas,
Marie Laurencin, Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar, et bien d’autres encore !
Cette américaine poétesse n’hésita pas à afficher son homosexualité, sa liberté
d’esprit et de mœurs, et gagna entre autres conquêtes le cœur de la poétesse
française
Renée Vivien, de l’écrivain Colette et de la courtisane Liane de Pougy. Elle rencontra cette dernière en 18999 ; bien que courtisée par les
hommes les plus riches, Liane de Pougy succomba à celle qui eut l’audace de se
présenter chez elle costumée en « page d’amour » mandaté par Sappho.
En 1900, elle publia à compte d’auteur un premier recueil de poèmes, illustré
par les dessins de sa mère, quelques portraits, sonnets de femmes, où elle
évoque ses aventures amoureuses.

La belle aux désirs dormants
(adressé
à
Renée Vivien)

Fleur parmi les fleurs, belle entre les
belles,
Je voudrais te dire un sonnet d’étoiles,
Et couvrir les mots, chastement de voiles
Légers comme toi, naïve cruelle.

 Je veux élider les rimes charnelles
Qui pourraient blesser ton âme d’opale
Par l’opacité de leurs ardeurs mâles,
Je voudrais t’aimer san briser tes ailes.

Je voudrais chanter ta beauté de vierge,
Te dresser un culte en dehors du monde,
T’entourer de lys, d’encens et de cierges.

Je serais vestale et ta candeur blonde
Ne subirait pas les lèvres troublantes
Des amants, ni des princesses charmantes.

Mais l’infidèle Natalie ne
tarda pas à tromper Liane de Pougy. En s’identifiant au printemps et au mois d’Avril le
séducteur
, Natalie, au charme mythique, révèle sa nature séductrice
et volage : « Avril s’épanouit,
(…) Qui se glisse partout, fidèle à l’inconstance. Toutes les fleurs sont
femme, offrant leurs frêles seins. Et leur plus beau pétale au gai printemps
qui passe »

Elle souligne l’éphémère
des passions amoureuses qui ne durent qu’une saison, comme son aventure avec
Liane ; c’est avec nostalgie qu’elle décrit la lassitude qui suit la
passion :
« L’amour
qui s’est enfui laisse peu de douceurs, La flamme qui s’endort laisse bien
froid le cierge. »

Elle clôt son poème
en rappelant que la maternité rend esclave la femme, qui regrette ses
amourettes de printemps : « Et
la fleur a des regrets d’avoir tant aimé, Puisque voilà l’été qui brûle ardent
en elle, Puisque dans son flanc las elle sent qu’à germé, Quelque chose de
lourd comme une perte d’aile. Oh ! la triste saison quand tout porte son
fruit, Quand l’amour se difforme aux lois de la matière, Quand après le parfum
des éphémères nuits, L’existence devient prose et la femme mère ! »

Prallèlement, Liane de Pougy narra sa
passion d’été dans le roman
 Idylle saphique édité en 1901 qui défraya la chronique et remporta un vif succès ; le père de Natalie la
rappela aux Etats-Unis, brûla les exemplaires de son recueil de poèmes et se
mit en tête de la marier. En vain, Natalie rentra à Paris où elle reprit sa vie
débridée et ses fêtes païennes, qualifiées d’orgies par Renée Vivien qui
refusait d’y aller.

Source : La Dixième Muse

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Un commentaire pour Poèmes Saphiques et Décadence (1ère partie)

  1. Elle dit :

    Nathalie Barney et Renée Vivien, une frivole et l\’autre si fragile et passionnée ! Cette histoire là aussi ne pouvait pas bien finir… Merci Christophe pour tous ces billets que tu nous offres sur ces auteures si nécessaires pour nous, les lesbiennes !

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