Poèmes Saphiques et Décadence (suite et fin)


La mode à l’époque de la
décadence (1870-1920) : de la femme garçonne à la femme dandy, en passant
bien sûr par la femme classique (cf. Liane de Pougy). Ces dames célèbres
offrent un aperçu du chic parisien de la Belle Epoque ; elles se
ressemblent peu et pourtant furent toutes amantes de l’ « Amazone » Natalie Barney.

Quand Colette devient Claudine

Romancière à la mode « garçonne » :
porte cigarette, cheveux courts, pantalon et veston.

Colette épousa en 1893
Willy, qui l’encouragea à écrire (sous le seul nom Willy) les aventures de
Claudine, jeune fille ingénue et perverse. Il introduisit Colette dans le
milieu littéraire et musical parisien, et sans le savoir, lui ouvrit les portes
des amours saphiques en louant ses écrits libertins ; cette dernière,
trompée par son mari, ne tarda pas à voler de ses propres ailes et se lança
sans le music-hall en 1906. Divorsée, elle découvrit l’amour entre
femmes ; sur la scène du Moulin-rouge, elle fit scandale avec son amante
Missy (Mathilde de Morny). Le spectacle fut interdit sur intervention du préfet
de police lorsque Missy, travestie en archéologue, tira sur une bandelette de
la momie Colette, qui apparut en tenue d’Eve, devant la famille Morny rassemblée
au parterre et les membres du Jockey Club… Cet extrait de Jour gris (1907),
texte en prose poétique, est dédicacé à Missy (« Pour M… ») :

Colette, les vrilles de la vigne, « Jour gris »

« Il
y a encore, dans mon pays, une vallée étroite comme un berceau où, le soir,
s’étire et flotte un fil de brouillard, un brouillard ténu, blanc, vivant, un
gracieux spectre de brume couché sur l’air humide… Animé d’un lent mouvement
d’onde, il se fond en lui-même et se fait tour à tour nuage, femme endormie, serpent
langoureux, cheval à cou de chimère… Si tu restes trop tard penché vers lui sur
l’étroite vallée, à boire l’air glacé qui porte ce brouillard vivant comme une
âme, un frisson te saisira, et toute la nuit tes songes seront fou… »

Gellô, disciple de Renée Vivien

Gellô, dans la lignée de
Renée Vivien, est l’auteure confidentielle de deux recueils de poèmes, dont
Harmonies et Poèmes (1926) :

L’Embarquement pour Lesbos

(…)
Et pourtant quand je ferme les yeux, en mes rêves
Je
vois, vêtues d’azur et de légers byssos,
Des
femmes deux à deux enlacées sur les grèves,
Et
leur barque d’amour naviguant vers Lesbos ;
Ô
couleurs ! ô flots des mers Eoliennes !
Chaque
soir, en secret, je demande à mes dieux
Le
renouveau des plénitudes lesbiennes…
Ô
beauté des tableaux que renferment mes yeux !
Des
femmes deux à deux tendrement embrassées ;
S’étreignant
bouche à bouche attendent pour partir
La
barque qui conduit vers les Langueurs Passées.
Loin
du rivage terne où s’éteint le Désir. (…)
 

Pour conclure…

La richesse culturelle de
la Décadence permit l’affirmation d’une identité féminine (voir Nicole Albert,
Saphisme et décadence dans Paris fin de siècle) et l’affranchissement des mœurs
et l’affirmation des stéréotypes (travestie, dandy, garçonne…). Renée Vivien,
poétesse torturée et Natalie Barney, artiste frivole, n’étaient que les reflets
d’une société en pleine mutation, où les interdits pesaient toujours sur les
pécheresses frappées de damnation quand les condamnations ne suffisaient plus.
Pourtant, l’attraction exercée par la fière héritière de Sapho, érigea cette
dernière en symbole de la perfection artistique ; car en refusant la
maternité, la lesbienne devenait inutile à la société, et comme l’écrivit
Théophile Gautier dans la préface de
Mademoiselle
de Maupin
 : « Tout ce qui est utile est laid ».

Source : La Dixième Muse

Cet article a été publié dans Art et Culture. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Poèmes Saphiques et Décadence (suite et fin)

  1. Elle dit :

    Ah, Nathalie Barney, l\’Amazone… toute mon adolescence ainsi que toutes les auteures citées ! Merci Christophe pour ce billet !

  2. bye dit :

    un texte et sa conclusion très plaisante !
    merci !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s