Les Amazones de A… à …Z (3ème partie)


Du monde sans hommes à l’Amazone lesbienne

L’Amazone castratrice

L’Amazone personnifie la
barbarie. Elle n’hésite pas à procéder à l’ablation du sein droit (par brûlure,
découpe ou compression) dans le seul but de faciliter le tir à l’arc, et au
détriment de toute fonction maternelle et nourricière. Elle manie boucliers,
lances et haches, et combat à cheval. Elle n’hésite pas à tuer ou à estropier
ses enfants de sexe masculin, et à mutiler ses filles pour en faire de fières
amazones. Eschyle, dans Les Suppliantes,
fait des amazones des dévoreuses de chair crue – le pas vers le cannibalisme
est vite franchi, soulignant l’animalité de ces femmes sans maris, donc hors
norme : (…) Si vous étiez armées
d’arcs, j’aurais certainement conjecturé que vous étiez ces Amazones sans maris,
qui mangent de la chair crue.

Le rapport qu’entretient le sexe
opposé envers la femme Amazone est paradoxal ; il dénote la fascination
morbide du patriarche grec tout puissant pour la femme affranchie et
indomptable, dénuée de tout sentiment, dans une société où la femme grecque,
totalement soumise, est aux antipodes de l’Amazone. Cette dernière évoque
l’inversion, le contre nature, une société à l’envers, la domination et le
sadisme. Pourtant, face à elle, l’homme oscille entre désir et répulsion, haine
et passion charnelle, pris dans l’engrenage d’une relation sadomasochiste. Car
l’Amazone a été façonnée par les hommes ; elle a été peinte, chantée,
sculptée par et pour des hommes. Pour permettre aux héros antiques d’affirmer
leur virilité en tuant ces femmes rebelles, après, le plus souvent, les avoir
soumises par la séduction ou auraient ils cédé à la tentation ? Et si les
amazones ne s’unissent traditionnellement aux hommes qu’une fois l’an dans le
seul but de se reproduire, la légende diverge quant au choix des heureux
élus : certains disent qu’elles choisissaient les plus beaux, ravalant
l’homme à ses seules qualités physiques, d’autres soutiennent qu’elles gardent
dans leur communauté des hommes, tous mutilés ou amputés, leur infirmité les
préservant de tout abus de pouvoir tout en nourrissant leurs performances
sexuelles…

Amazone fuyant. Tondo d’un kylix attique à figures rouges,
510-500 av. J.-C. et
Amazone à cheval. Face B d’une amphore à col attique à figures rouges, v. 420 av. J.-C.

La « femme
forte » chère aux féministes

Les féministes se sont réapproprié
le mythe de l’Amazone, comme femme forte et indépendante, opposée à la
domination masculine. Dès la fin du Moyen-âge, les Amazones séduisent les
« féministes »Christine de Pizan – première moitié du XVe siècle –
considérée comme la première femme de lettres française ayant vécu de ses
œuvres, en est un exemple avant-gardiste ; tout en célébrant les vertus de
la Femme dans ses traités et ses poèmes, elle s’insurge contre l’infériorité de
la femme dans la société, et invite les Amazones dans sa « Cité des
Dames »
. A la même époque, Jeanne d’arc, la Pucelle, est comparée à la
reine des Amazones, Penthésilée par un clerc français installé à Rome. Quelques
siècles plus tard, le mouvement féministe mené par Monique Wittig, l’une des
fondatrices du Mouvement de la libération des Femmes, autoproclamée
« lesbienne radicale », choisit à son tour la figure de l’Amazone
comme fer de lance de la lutte pour l’égalité des sexes. L’image est à la fois
forte et violente, mais avant tout, elle incarne la volonté d’indépendance et
d’autonomie. En 1971, Monique Wittig publie
Les Guérillères
aux Etats-Unis ; le roman met en scène une communauté
d’
« Amazones » exclusivement féminine et lesbienne ! qui doit
combattre les hommes pour préserver sa liberté. Les fictions des années 70
suivent le mouvement féministe et revisitent à leur tour le mythe au petit
écran en 1975, surfant sur la vague féministe. Car ne l’oublions pas, Wonder
Woman
n’est autre que la princesse d’une tribu d’Amazones, dont elle tient ses
pouvoirs surnaturels. Une bande dessinée plus récente, Y, le dernier homme, choisit une approche différente du mythe des
Amazones ; du jour au lendemain, tous les hommes disparaissent de la
surface de la terre, sauf l’un d’eux, Yorick, l’ultime possesseur du chromosome
Y. Les femmes, qui ont toutes survécu, s’adaptent vite à cette nouvelle
situation, et différentes communautés émergent, dont un parti radical féministe
prêt à tout pour détruire le dernier spécimen mâle. Côté sagas musclées,
l’Amazone Sonia La Rousse rivalise sans rougir avec Conan la Brute : sous
la peau de bête de Red Sonja (elle
aussi issue des comics US), Brigitte Nielsen, escortée du gouverneur de l’état
de Californie sous la coiffe de Kalidor, sauve le monde à coups d’épée. Et
n’oublions pas de saluer notre grande guerrière Xena, l’héroïne de la série
télévisée du même nom diffusée au milieu des années 90, et sa charmante
compagne, la douce Gabrielle, qui affectionnent tout particulièrement les
séjours au sein des communautés d’Amazones.

 
Y, le dernier homme, Wonder Woman et Red Sonja (Brigitte Nielson) dans "Kalidor : la légende du Talisman" (1985)

Source : La Dixième Muse

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