Louise de Ville



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Louise de Ville est une performeuse. Son credo : le cabaret burlesque et le striptease drôle et engagé. Dès que vous la rencontrez, vous tombez sous le charme de ses grands yeux bleux, de son sourire rayonnant et de son énergie incroyable. Cette artiste ouvertement lesbienne et fièrement FEM a de multiples visages.

* Louise, tu es américaine d’origine et tu vis à Paris ?
Oui, je viens d’à côté de Louisville dans le Kentucky. Cela fait 3 ans que je suis à Paris. Je suis venue en tant qu’assistante d’Anglais et le premier évènement que j’ai vécu ici c’était l’Existrans 2005. C’était un début !

* Depuis quand es-tu active au niveau militant ?
J’ai crée la première association d’élèves LGBT quand j’étais au lycée. Au départ j’étais la seule à être "Out et Fière". Et quand je suis partie d’autres adolescentes s’étaient déclarées. J’habitais dans une toute petite ville de 4000 habitants. Donc pendant des années, j’ai lu tous les livres et les magazines que je pouvais sur le féminisme, la culture lesbienne, gay, trans, queer… Dès 16 ans j’ai pris des cours d’éducation sexuelle et de prévention contre les maladies et sur la contraception, j’avais même des réserves de capotes dans mon casier pour tous ceux qui en avaient besoin. Donc tu te doutes qu’inévitablement j’ai eu une réputation de salope, de "chaudasse" au lycée, car j’étais la seule fille à parler de sexe, d’homosexualité, de plaisir, de prévention…

* Ensuite tu as continué à l’université ?
A 18 ans je suis partie de ma ferme pour rejoindre la plus grande ville du Kentucky : Louisville. J’étais surexcitée de rejoindre le groupe LGBT de l’université en me disant "je vais rencontre des super nanas !" mais il n’y avait que des gays, pas de trans… j’étais la seule fille. Je me suis investie et je me suis battue pour que cela reste ouvert aux trans. J’ai été très vite et complètement initiée à la question trans car entre autre ma prof de féminisme avait fait sa thèse sur le Transexualisme. Donc en même temps qu’apprendre ce qu’est être une femme, j’ai appris ce qu’est une construction, que ce n’était pas juste biologique. Et c’est comme çà que j’ai rencontré les 1ers trans out qui sont intervenus pendant les cours. Et c’est ce qui m’a permis de comprendre que le genre peut s’expimer différemment et que l’on peut jouer avec. Car je trouve çà drôle de mettre du rouge à lèvre et des talons… mais j’ai le droit aussi de mettre une moustache sans pour autant être agressée. C’est juste une liberté fondamentale.

* A quel moment as-tu décidé de monter sur scène ?
J’ai commencé le théâtre à 14 ans. Donc pendant toutes mes études j’ai joué dans des comédies musicales, du théâtre classique (Shakespeare..) C’est uniquement à la fin de mes études que j’ai commencé à présenter mes propres créations. J’ai été deux reprises metteur en scène pour les Monologues du vagin puis sur un autre texte qui parle du viol "institutionnalisé" dans le milieu sportif. Le sportif américain est adulé. Il a tous les droits y compris celui d’abuser impunément. C’est ce qui m’a amenée à utiliser la scène pour travailler sur les problèmes sociaux. Et c’est à ce moment là que j’ai fais mes premiers pas dans le burlesque dan une troupe très féministe, queer, politiquement engagée… à l’esthétique très gothique. Donc c’était sexy mais très choquant, l’objectif n’était pas juste de se "dépoiler" mais de mettre l morale, la religion en question. C’est important pour moi car ce sont mes racines. Oui, je suis une américaine qui fait du burlesque mais mon inspiration ne vient pas des stripteaseuses des nnées 50, mais plutôt de la performance et du cabaret Berlinois plus sombre sous la république de Weimar (1939/1933) qui travaillait sur les sujets de société.

* Tu joues dans le milieu LGBT mais aussi sur tout type de scène.
Oui, pour moi la communauté c’est important. çà fait du bien par moment d’être entouré de gens qui pensent comme toi, qui vivent les mêmes expériences. Après c’est important de ne pas y rester tout le temps. J’ai besoin d’aller ailleurs dans plein d’endroits pour partager ma vision du monde, des droits humains… avec des gens qui ne sont pas d’accord avec moi. Le théâtre çà peut être utile. Une pièce comme les Monologues du vagin a changé beaucoupde choses dans le monde occidental et contribué à la diffusion dans le monde du féminisme. Eve Ensler est un modèle pour moi. Je rêverais d’arriver comme elle dans ma carrière à ce que mon art contribue à changer le monde. Et c’est trop incroyable pour moi de la rencontrer pour la 1ère fois grâce à la Dixième Muse à la mairie de Paris pour la remise de médaille, merci !

* Est-ce qu’il t’arrive d’avoir des réactions agressives ou de l’incompréhension ?
Oui parfois. Ce qui arrive souvent c’est que les gens prennent mes spectacles au 1er degré. Si par exemple je joue une petite fille qui porte un gode ceinture, ils ne voient que çà. Ils n’arrivent pas à voir la symbolique que j’essaie de représenter de réappropriation du pouvoir…

* En quelques mots, que fais-tu sur scène  actuellement ?
Je joue seule ou avec différentes troupes. Ma 1ère création est Femtasmes de Louise de ville c’est un peep show où j’explore les fantasmes féminins. Il y a une grande "culture de masse" sur les fantasmes masculins (livres, magazines, films…) mais trop peu sur ceux des femmes. Je trouve que c’est une chose qui manque. J’ai des personnages récurrents qui reviennet dans mes spectacles commeBetty Cracker, c’est une femme au foyer schizophrène. Elle me permet d’incarner le double paradoxe exigé des femmes dans notre société : "pute et vierge". Soit vous êtes vierge et mère de nos enfants soit vous êtes une pute. Pour résumer une mère doit être un objet sexuel "asexué". Je joue les deux côtés dans le même personnage partagé entre la mère au foyer parfaite et la femme désirante. J’essaye de montrer que les femmes sont tout à la fois et que d’essayer de nous enfermer dans un seul rôle çà nous rend folle. J’ai "Louis" de Ville qui est mon côté masculin. je m’en sers dans mes numéros de transformiste, je commence par un gnre, je termine dans l’autre et dans les deux sens.

* En dehors de la scène enseigne-tu encore ?
Oui je suis prof d’anglais à Paris. En fait je suis diplômé en français et en théâtre avec une spécialisation en "gender studies" (sur le genre). Mais à la fin de mes études je me suis spécialisée dans la résolution de conflit et la diplomatie. J’étais la déléguée francophone pour les Etats-Unis dans le programme "de construction de la paix d’Amérique du nord". Donc mon projet de carrière au départ était d’aller à Montréal étudier la diplomatie. Pour perfectionner mon français, je suis venue à Paris en tnt que professeur assistante. J’ai fais un casting pour les "Kisses cause trouble", où j’ai rencontré Wendy Delorme. J’ai tourné un an avec cette troupe et là l’amour de la scène a été plus fort. De puis tout s’est enchaîné. Donc au lieu de diplomate j’ai choisie d’être stripteaseuse. Et ce qui m’a motivée aussi dans le choix de la France c’est qu’en arrivant j’ai découvert que vous étiez très conservateurs, presque que plus que les gens au Kentuky. Car j’aime apprendre mais ici il y a beaucoup à faire pour transmettre la culture féministe, faire évoluer les mentalités, faire respeter les droits… Et il n’y a pas de transmission, de cours d’éducation sexuelle, tant pour le plaisir et son exploration que pour la prévention. On a démarré chez Dollhouse, l’école des Dolls. Avec différents thèmes comme "L’anatomie et le plaisir féminin" avec une approche historique, des démonstrations physiques et des conseils pratiques. Prce que si nous ne le faisons pas nous-même, personne ne le fera pour nous les lesbiennes. çà a lieu une fois par mois, ici à Paris (http://www.ecoledesdolls.fr/) et si d’utres lieux en France veulent nous accueillir nous viendrons. L’idée c’est de faire une école du plaisir par des femmes, quelle que soit leur sexualité. L’idée c’est qu’elle est envie d’explorer de nouvelles choses. C’est aussi indirectement une façon d’avoir de futures amantes expérimentées (rire)

Source : La Dixième Muse

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Un commentaire pour Louise de Ville

  1. Cristolinette dit :

    Rien à voir avec le billet ….. mais tout simplement pour vous dire :
     
    " Bonne fête " … une amie ( virtuelle ) d\’Entre-elles

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