Sur les traces des grandes exploratrices (4ème partie)



La malheureuse Alexandra Tinne (1835-1869), une riche aristocrate hollandaise et photographe hors pair, ayant l’habitude de voyager avec sa mère, qui l’accompagna en Norvège, en Italie et au Moyen-Orient, part en 1861 pour un périple infernal. Avec sa mère et sa tante, elles choisissent l’Egypte ; elles remontent le Nil en famille, du Caire jusqu’au Soudan. A la recherche des sources du fleuve, elles explorent l’Afrique centrale à la tête d’une immense caravane. Funeste voyage où périssent coup sur coup sa mère, puis sa tante… dévastée, Miss Tinne s’installe au Caire où elle vit à l’oriental pendant quatre ans, visitant dans la foulée l’Algérie et la Tunisie. A 34 ans, elle est assassinée par les Touaregs alors qu’elle traverse le Sahara : c’était la première européenne à relever le défi.

L’habit fait l’homme

De nombreuses exploratrices portent des vêtements d’homme pour voyager ; au-delà du côté pratique (il est plus simple de monter à cheval en pantalon à moins d’être une authentique amazone comme Daisy Bates !) et d’un certain goût pour le travestissement, il s’agit pour elles d’accéder aux mêmes droits qu’un homme, en résumé, à la liberté. Dès 1600, l’intrépide lady Ann Fanshawe se déguise en mousse pour affronter les pirates espagnols et explorer le monde en toute liberté. Catalina de Erauso (1592-1650), la « nonne lieutenant », quitte le couvent à 15 ans. Habillée en homme, elle se fait appeler Francisco de Loyola et s’enrôle sur un navire qui la mène en Amérique espagnole. Elle s’y engage comme soldat et sert au Chili pendant la guerre contre les indiens. Promue lieutenant, elle multiplie les duels et décime ses compagnons d’arme par douzaines. Elle promet à plusieurs femmes le mariage, sans tenir parole. Pour sauver sa peau, elle dévoilera sa véritable nature, et sa notoriété sera telle que le pape l’autorisera à porter des vêtements d’homme.


Pour voyager en nomade dans le Sahara où elle vivra plusieurs mois, Isabelle Eberhardt (1877-1904), écrivain suisse d’origine russe, s’habillera en bédouin. A 20 ans, elle s’installe dans le nord de l’Algérie où elle décide de mener la vie d’une musulmane. A 24 ans, elle épouse un lieutenant musulman de nationalité française ; trois ans plus tard, la crue d’un oued l’emporte.

La française Jane Dieulafoye (1851-1916), célèbre pour sa coupe de cheveux à ras, porte pour voyager un complet masculin qui fait les gorges chaudes du tout Paris de la belle époque. En 1879, elle part en Perse avec son mari pour y chercher les origines de l’architecture occidentale. Jane tient un journal où elle regroupe notes, photos et croquis, tant sur les aspects archéologiques que sociologiques. En 1883, les époux repartent sur le site des ruines de la cité antique de Suse. A son retour en 1886, elle recevra la croix de la Légion d’Honneur.

De l’engagement politique à l’espionnage


Louise Weiss et les suffraguettes en 1935 à la Bastille, au cours d’une manifestation en faveur du droit de vote des femmes.

Dans le tumulte des guerres coloniales ou mondiales, les exploratrices à l’étranger représentent autant de pions dans le camp adverse sur l’échiquier politique international : elles n’ont pas encore le droit de vote, et pourtant, elles assumeront leur devoir politique. Elles s’engagent dans l’armée, dressent les cartes topographiques de régions reculées, transmettent des informations capitales et parfois même, espionnent… En s’engageant pour le vote des femmes, en se présentant aux élections, en faisant partie de la Résistance, la française Louise Weiss (1893-1983), journaliste, écrivain et féministe, jouera un rôle politique essentiel, tant national qu’international. Après la guerre, elle entreprendra des voyages documentaires en Amérique, en Afrique et en Asie, qu’elle filmera.



Sous le nom de code « Astrea », l’écrivain Aphra Behn (1640-1689), épouse d’un commerçant allemand, ne fait pas qu’explorer la planète : c’est une espionne pour le compte du gouvernement britannique. Elle voyage au Suriname où elle épie les espagnols et les allemands qui convoitent le sucre et l’or d’Amérique du Sud. Elle écrira sur les esclaves africains et le colonialisme, ainsi que les plantes et les animaux d’Amazonie.

Autre espionne pour le compte du gouvernement britannique : l’anglaise Gertrude Bell (1868-1926) , également femme de lettres, exploratrice, archéologue, et unique femme officier de l’armée chargée d’affaires politiques. A 24 ans, elle rejoint son oncle, ambassadeur, à Téhéran ; c’est le début d’une longue série de voyages. A 31 ans, elle part pour le Moyen-Orient, où elle visite la Palestine, la Syrie et Jérusalem déguisée en bédouin. En 1907, elle participe à des fouilles en Turquie, puis rejoint Babylone et Karchemish où elle rencontre Thomas Edwards Laurence plus connu sous le nom de Lawrence d’Arabie : c’est là que débute sa carrière au sein  des services secrets britanniques, dans la tourmente de la première guerre mondiale. Elle ira ensuite au Caire, en Irak, en Perse, en Mésopotamie où son influence politique sera remarquable ; on la surnommera la « Reine sans couronne » d’Irak. C’est elle qui rassemblera les collections du Musée archéologique de Bagdad. Néanmoins, Gertrude Bell prendra position contre les suffraguettes, arguant que les femmes étant cantonnées à la cuisine et à la chambre à coucher, elles n’ont rien à faire dans le débat politique, qu’elles sont bien incapables de comprendre…

Source : La Dixième Muse

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