La transsexualité toujours associée à un trouble de l’identité sexuelle



Juliette Jourdan, auteur du livre «Le choix de Juliette» (Ed. Le
Dilettante),
qui aborde la transsexualité/E. DROUARD / 20MINUTES.FR

Juliette Jourdan publie mercredi son premier roman, «Le choix de Juliette». Une exploration de la transsexualité obsédée par la normalité.
Si elle avoue volontiers se livrer dans chaque personnage de son premier roman, plusieurs tabous taraudent encore Juliette Jourdan. Elle refuse ainsi d’évoquer son passé et sa propre transition d’homme à femme, tout comme la réaction de ses proches à son changement de genre. L’écrivain préfère aborder les difficultés que rencontrent les transsexuels au quotidien et dénonce le désintérêt des pouvoirs publics. Interview.

Il s’agit de votre premier roman. Pourquoi privilégier le romanesque au récit sur un sujet aussi personnel ?
Je trouvais plus intéressant d’imaginer la vie d’une communauté, basée à Tours, que de détailler mon parcours. Il y a déjà eu des témoignages de transition. Je préfère sortir du schéma individuel pour montrer que les transsexuels sont des personnes comme les autres, qui ont une vie normale, loin des stéréotypes de la prostitution ou du désordre psychique. Le recours au roman me permet aussi de ne pas affronter certains problèmes à la première personne.

«Une femme trans, par définition, c’est une femme qui n’en est pas une», écrivez-vous. Le doute vous habite-t-il toujours ?
Oui, il est toujours là. Même pour des personnes très bien intégrées, qui mènent une vie normale et sont peu confrontées à leur passé d’homme, ce doute intime remonte de temps en temps. Parfois, on ne se sent pas à la hauteur de ce qu’on voudrait être. On sent aussi que l’on n’est plus ce que l’on était, donc on se sent un peu perdu entre deux identités. A ce moment-là, l’apparence physique prend une importance démesurée, avec le sentiment que tout en dépend. Mais comme toutes les femmes, l’une aura besoin de passer trois heures à se préparer avant de sortir, l’autre se contentera de quelques minutes.

Vous évoquez également les difficultés de certaines à «passer» d’un genre à l’autre…
Nous ne sommes pas égales physiquement et certaines ont besoin d’un traitement et d’une chirurgie plus lourds que d’autres. Autre difficulté: la modification de l’état civil. Il est très compliqué de changer ses papiers d’identité car on se heurte à l’incompréhension. On sent qu’il n’y a pas de volonté de s’occuper de cette question. Or, lorsque nos papiers ne correspondent plus à ce que nous sommes, notamment en période de transition qui peut durer plusieurs années, on ne peut pas trouver de travail, voter ou encore récupérer un courrier recommandé.

Comment faites-vous ?
Je fais une procuration. Sinon, tout dépend de la façon dont je me présente aux autres: si j’ai vraiment envie de voter, je suis obligée de me travestir dans l’autre sens, ce qui représente une grosse concession.

Pourquoi dites-vous que l’accès aux soins est très problématique en France ?
Il y a un manque de formation du personnel médical et d’accompagnement de la personne transsexuelle. Un généraliste tombe souvent des nues et vous envoie devant un endocrinologue, qui n’a pas forcément envie de s’occuper de vous, ou un gynécologue, qui peut être très gentil mais ne peut pas faire grand chose. Deux options s’offrent donc à vous: se débrouiller seul ou suivre le parcours dit «officiel».

Pouvez-vous nous expliquer en quoi il consiste ?
La personne est suivie par une équipe officielle pluridisciplinaire dont les membres se sont autoproclamés spécialistes de la question. Or, c’est un parcours très psychiatrisé: il faut prouver que vous n’êtes pas fou en se pliant à une psychothérapie imposée, avec un psychiatre que vous n’avez pas choisi. La transsexualité est encore associée à un trouble de l’identité sexuelle. Si l’on vous juge sain d’esprit, on peut alors envisager un traitement hormonal et une opération de réassignation. Mais cette intervention est entourée de beaucoup de mystère en France, on ne connaît pas les noms des médecins par exemple. Il est donc nécessaire de clarifier les choses. C’est un dispositif très encadré où la personne n’a pas ou peu son mot à dire. Au final, ce dispositif a tendance à en décourager beaucoup. D’autant qu’il est possible de se faire opérer en Thaïlande pour un prix abordable ou de se procurer des hormones sur le Net. Mais est-ce normal de devoir se résoudre à une opération à l’étranger ?

Source : 20minutes.fr relayé par Nateka du Collectif des filles réussies & Co

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Un commentaire pour La transsexualité toujours associée à un trouble de l’identité sexuelle

  1. NATEKA dit :

    Relayé par Elle aussi : un réseau de pros du blog !

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