Les Lipsticks restent très en vogues


 
 


La série «The L Word» a popularisé l’image de ces lesbiennes féminines, rapidement adoptée par les médias. Les lipsticks se sont-elles définitivement imposées sur le front de la visibilité lesbienne ?

Shane, Jenny, Alice, Bette et Tina, les prénoms des héroïnes de The L Word sont aujourd’hui devenus familiers. Regardée par les hétérosexuels comme par les homosexuels, la série est devenue la nouvelle référence gay de toutes les orientations sexuelles. Et pourtant, même si elle a l’avantage de donner un autre point de vue sur l’homosexualité – présentée comme esthétique et glamour, à l’image du générique – la série est loin de correspondre à la réalité. «Pas du tout, même», insistent les filles interrogées sur le sujet en micro-trottoir. «En France, l’image de la lesbienne c’est la fille rasée en treillis militaire qui va plaquer sa copine contre le mur», confie Lucie, 20 ans. En effet, les butches sont très présentes dans les milieux lesbiens. C’est pourquoi Noémie, 21 ans, trouve que l’image de The L word est réconfortante pour les filles féminines.

De plus, parce qu’elle fait appel aux fantasmes, la lesbienne lipstick fait vendre et a donc rapidement été adoptée par les médias, en particulier dans les fictions. Au cinéma, les femmes féminines s’embrassent depuis longtemps sous des lumières tamisées. Déjà dans les années 90, Denise Richard et Neve Campbell s’enlaçaient dans la piscine du sulfureux Sexcrimes. Plus récemment, le petit écran s’est emparé de la figure érotique de la lesbienne lipstick.

De Grey’s Anatomy à Newport Beach en passant par Nip/tuck, les séries du moment comportent désormais leur éphémère idylle lesbienne. Elle intervient le plus souvent en cas de perte d’audience et selon le même schéma narratif. L’un des personnages principaux, auparavant hétérosexuel, se découvre une attirance pour un personnage secondaire qui le restera probablement. Ils vivent une brève histoire, de quatre à six épisodes, avant de se séparer pour des raisons parfois bancales. Une particularité qui se retrouve aussi dans les séries télévisées françaises qui sont friandes de cette «médiation du regard hétérosexuel» comme la nomme Brigitte Rollet de l’University of London Institute in Paris dans la revue Médiamorphoses (Hors-série n°3, janvier 2007). Elle définit ce phénomène par «l’introduction systématique d’un personnage homosexuel par un personnage hétérosexuel et donc l’absence d’autonomie narrative du premier». En ce sens, The L word reste donc une série novatrice.

Le recours à la lipstick n’est pas systématique dans la littérature. La littérature utilise également cette médiation qui traite de l’initiation à l’homosexualité. Cependant, les couples ne sont pas obligatoirement identifiés comme féminins et restent le plus souvent à décoder et interpréter. «Les livres, quand ils sont bien écrits, ouvrent la porte de l’imaginaire», souligne Christine Lemoine, responsable de la librairie Gay et Lesbienne Violette and Co, et co-auteure du recueil Attirances, qui traite des rapports fem / butch. Elle leur oppose les fictions audiovisuelles où «l’image ne donne pas à imaginer». Les hétérosexuels vont voir les films et séries lesbiennes car la télévision est un média de masse, d’offre plutôt que de demande. Ils n’iront pas lire de la littérature lesbienne plutôt consommée par les lecteurs du milieu mais également écrites par des auteures lesbiennes.

Et pourtant les récits homosexuels mettent en scène des femmes plutôt jolies et rarement butch. Il existe un rejet des codes masculins dans la littérature lesbienne française, qui peut se voir comme «un refus de visibilité», estime l’écrivaine, ou encore «une lesbophobie intériorisée». Ceci étant, le recours à la lipstick dans la littérature n’est pas systématique, pas même reconnaissable. Selon Christine Lemoine, cette particularité de l’écrit s’explique en amont : «les médias sont une grande machine de production de l’image, il n’y a pas d’auteure de pub par exemple».

Dans la publicité justement, les lipsticks sont particulièrement utilisées, notamment sous l’appellation de lesbiennes-chics. Les marques jouent sur la proximité féminine et l’ambiguïté car les duos féminins hyper-sexualisés présentent des caractéristiques plastiques et marchandes, et les publicitaires ne manquent pas d’exploiter ce filon…

Source : Têtue, article de Coralie Huché, Cécile Strouk et Bartholomé Girard.

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