Etre lesbienne et avoir la foi, est-ce contradictoire ?



Se découvrir lesbienne lorsqu’on a été élevée dans la religion n’est pas une mince affaire. Ecartelée entre croyance et identité sexuelle, il est souvent difficile de trouver un équilibre. Mais pourquoi foi et homosexualité seraient-elles incompatibles ?

Témoignages.
«Je suis une musulmane lesbienne et fière de l’être !», proclame Khadija, 20 ans, reconnaissant toutefois que «ce n’est pas facile tous les jours, car beaucoup d’homos musulmans renient leur homosexualité parce qu’il est écrit dans le Coran que c’est un pêché et qu’ils iront en enfer!»

Après la découverte de son homosexualité à 17 ans, Khadija s’est longuement demandée comment continuer à pratiquer une religion qui lui réservait un tel sort. Puis, un jour, elle rencontre une fille qui lui raconte son coming-out dans une famille musulmane très pratiquante. Sa mère ne lui avait demandé qu’une chose: qu’elle ne se détourne pas de la religion.

 «La religion doit promouvoir l’amour de l’autre et non l’hostilité»
«Cette rencontre m’a redonné espoir, confie Khadija. Même si je savais que je ne pourrais pas avouer mes penchants à mes parents tant que je vivrais sous leur toit. Les musulmans sont souvent hostiles envers l’homosexualité, car ils ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. Moi, je crois que Dieu aime tous ses enfants. La religion doit promouvoir l’amour de l’autre et non l’hostilité.»


 Et c’est là que la spiritualité prend tout son sens, dans l’interprétation personnelle des textes sacrés. Ninu est bouddhiste et explique que selon les enseignements du Bouddha, il n’y a aucun mal à aimer une personne du même sexe. «Le troisième précepte, qui dit qu’il ne faut pas avoir d’inconduite sexuelle, concerne l’adultère, le viol, l’inceste. Qu’on soit hétéro, homo ou trans, ce qui compte, c’est de ne pas nuire à son entourage et de cultiver le bonheur».

Un hiatus entre les messages de l’Eglise et ses valeurs personnelles
Pour Cécile, qui se reconnait dans les valeurs d’amour, de paix et d’universalité de l’Eglise catholique, la religion n’a jamais posé problème pour s’assumer en tant que lesbienne. «Mes parents ont bien fait peser le spectre de Sodome et Gomorrhe, mais rien n’y a fait! Ma façon à moi de pratiquer, c’est d’être à l’écoute des autres, aimer mon prochain comme moi-même. Ma conception de la religion est basée sur l’amour, la tolérance et le respect de l’autre. Les discours de l’Eglise catholique me révulsent, mais je m’en détache. Le Pape ne représente pas l’avis de tous les chrétiens.»

Mais parfois les messages véhiculés par les hauts représentants de l’Eglise présentent trop d’incompatibilités avec les valeurs personnelles : «Je suis baptisée, j’ai fait ma communion et ma profession de foi, plus par obligation du fait que j’étais dans une école catholique, que par tradition familiale ou conviction religieuse», raconte Céline, 31 ans qui, excédée par la position du pape sur le préservatif, l’avortement et l’homosexualité, est sur le point d’écrire à l’archevêché pour faire apostasie, autrement dit demander à être radiée du registre des baptêmes. Solution extrême qui permet toutefois de se libérer de l’appartenance à un dogme lorsqu’il ne correspond plus à ses croyances.

Au programme des associations : entraide, écoute et rencontres
Pour celles qui se sentent un peu seules, il existe des associations, comme David & Jonathan qui offre accueil et écoute des chrétiens homosexuels pour une plus grande acceptation de soi et des autres. Un moyen de s’épanouir en échangeant sur sa foi, son identité et sa place au sein de la communauté religieuse. Ann-Gaëlle, 35 ans, est elle membre actif du Beit Haverim, le groupe juif gay et lesbien de France.

«J’y suis arrivée à 19 ans, après avoir levé le doute sur mon homosexualité. J’ai passé toute ma scolarité dans une école juive, où le mot d’ordre était : "y a pas de ça chez nous". A la fac, j’ai enfin rencontré des filles lesbiennes à qui parler. Alors je suis allée voir Pauline Bebe, première femme rabbin de France et d’obédience libérale ; c’est elle qui m’a parlé du Beit. Concilier ma vie et ma foi n’a jamais été un problème spirituel pour moi; ce qui est compliqué, c’est que le noyau de la religion juive, c’est la famille. Mes parents ont très mal réagi, le Beit est alors devenu ma famille d’adoption. A la longue, ma famille s’y est faite et a même fini par accepter ma dernière petite amie», se félicite la jeune femme.

Ann-Gaëlle dit pratiquer «le judaïsme "à la carte" : «je mange kasher, je fais les grandes fêtes en famille, en revanche, je ne fais pas shabbat. Je suis restée au Beit même si ce n’est plus vraiment un besoin pour moi. J’estime avoir une sorte de dette vis à vis des gens qui m’ont aidée à l’époque et je me dois de faire la même chose à mon tour…» Au programme des associations: entraide, écoute et rencontres. Un moyen de se faire des amis, voire de trouver l’âme sœur. S’épanouir en conciliant foi et homosexualité peut ne pas paraître facile a priori; c’est néanmoins tout à fait possible, en puisant dans cette double identité une force nouvelle. La force de s’accepter soi-même, d’accepter les autres tels qu’ils sont, et de véhiculer un message qui dépasse les croyances : celui de l’amour.

Sources : Têtue

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